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Dossier : Développer sa confiance en soi


La confiance en soi comporte cinq caractéristiques essentielles.

En comprenant bien chacune, on peut facilement imaginer des façons d’agir sur notre confiance et sur celles des autres.

Les cinq caractéristiques de la confiance en soi

La confiance en soi est une prédiction

La confiance en soi est toujours une prédiction. Il ne s’agit pas d’une qualité innée, du résultat d’un « insight » ou d’un sentiment. Cette confiance existe d’abord dans l’esprit: la personne fait une prédiction. Elle prévoit quelque chose qui surviendra dans l’avenir. Contrairement à ce qu’on croit souvent en regardant de l’extérieur une personne qui a confiance en elle, il ne s’agit pas d’une certitude mais d’une prédiction, avec une part réelle d’incertitude comme toutes les prédictions.

Elle est réaliste

Contrairement à ce qu’on croit souvent, il ne s’agit pas d’une confiance aveugle. La confiance en soi est réaliste: elle s’appuie sur l’expérience réelle accumulée par la personne. Autrement, cette confiance serait dangereuse et conduirait à des échecs graves. Mais nous avons la chance d’être protégés par des réflexes vitaux qui nous empêchent, en temps normal, de nous faire une confiance aveugle ou excessive. Sans avoir à le décider, nous avons naturellement tendance à nous inspirer des résultats obtenus dans le passé pour prévoir ce qui nous attend.

Elle requiert des ressources suffisantes

La personne qui entreprend une tâche nouvelle ou s’implique dans une situation inconnue ne peut connaître à l’avance les résultats qu’elle obtiendra. Si elle est réaliste, elle sait qu’un grand nombre de facteurs contribueront à créer ces aboutissements et que sa contribution, même importante, n’est que partielle. La confiance en soi ne va pas jusqu’à prédire les résultats: elle prédit, avec réalisme, qu’on a les ressources nécessaires pour faire face à la situation. Elle prédit qu’on est capable de trouver des solutions aux problèmes qui ne manqueront pas de survenir en cours de route. La personne confiante prédit, en s’appuyant sur son expérience, qu’elle va réussir à se débrouiller adéquatement. Elle ne sait pas si elle va réussir à atteindre ses objectifs, mais elle croit, avec un niveau de certitude élevé, qu’elle trouvera les moyens de « faire pour le mieux » dans la situation réelle.

Elle s’exprime dans un domaine particulier

La confiance en soi n’est pas un chèque en blanc! Toute prédiction doit être relativement précise pour être réaliste. Cette prédiction s’applique toujours à un domaine particulier. Je peux avoir confiance en moi comme skieur sans être confiant comme golfeur. C’est le résultat de mes expériences accumulées dans ces deux domaines qui est le principal critère. Vue de l’extérieur, la confiance en soi apparaît souvent comme générale, mais en réalité, elle est toujours spécifique.

Elle est temporaire

La confiance en soi n’est jamais acquise définitivement. Elle est temporaire par définition, car elle est réaliste et ancrée dans l’expérience. Si je cesse de jouer au golf pendant quelques années, ma confiance dans ce secteur en souffrira. Je garderai sans doute la confiance d’être capable de retrouver mon habileté perdue, mais je sais par expérience qu’il faut jouer très régulièrement pour maintenir cette habileté. Le manque de nouvelles expériences amène ma confiance à s’émousser.

Des expériences malheureuses peuvent également l’atténuer ou même la détruire. Ce sera encore plus vrai si ces expériences ne peuvent être intégrées dans l’expérience de la personne. Par exemple, si je rencontre des échecs, surtout répétés, que je ne parviens pas à comprendre, leur effet sur ma confiance sera important. C’est comme si je ne pouvais plus me fier à mon expérience accumulée sur laquelle ma confiance s’appuyait. Ma compréhension pratique du domaine n’est plus applicable ou ne me semble plus valide.

Bâtir sa confiance en soi

Accumuler de l’expérience

Lorsque nous abordons un domaine nouveau, nous sommes dans une situation d’insécurité. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre et comment nous adapter à ce contexte. Nous n’avons pas ce qu’il faut pour prévoir ce qui se passera et anticiper nos réactions. Nous ne pouvons avoir confiance en nous-mêmes dans ce domaine précis; il serait même dangereux de nous lancer avec assurance dans ce domaine sans en connaître mieux les pièges.

D’autres personnes peuvent être bien en confiance dans le même domaine, car elles y sont habituées. Elles en ont mesuré les dangers, elles sont familières avec ses caractéristiques. Elles savent aussi comment elles réagiront dans un grand nombre des situations qu’on rencontre dans ce domaine. Elles peuvent prédire sans crainte qu’elles trouveront une façon de s’adapter à ce qui s’y passera. Elles ne savent pas exactement ce qui va se passer dans une situation particulière, mais elles n’en éprouvent pas le besoin. Cette marge d’incertitude demeure confortable ou même stimulante.

Le premier ingrédient de la confiance en soi est clair: il faut s’impliquer activement pour « prendre de l’expérience ». C’est un élément essentiel, mais il ne suffit pas. Il doit s’accompagner d’autres ingrédients.

Évaluer ses résultats

Il ne suffit pas d’accumuler de l’expérience; il faut aussi en tirer les leçons appropriées. Autrement, on ne ferait que répéter les mêmes erreurs à l’infini ou reproduire une « recette magique » sans en connaître les limites. C’est en faisant une évaluation précise de nos échecs et de nos succès que nous pouvons en comprendre les causes.

Mais souvent, nous devenons rigides et limités en nous fiant aveuglément à des méthodes qui réussissent. Nous ne comprenons pas assez ce qui se passe pour nous adapter aux situations et découvrir des variantes encore plus satisfaisantes. Au bout du compte, nous demeurons alors relativement peu confiants dans nos capacités, car nous savons plus ou moins clairement que tout imprévu pourrait détruire notre stratégie.

Donc, en plus de l’accumulation d’expérience, la confiance en soi exige une réflexion critique sur ces expériences afin d’en comprendre les jeux de forces, les variables principales et les liens de cause à effet. La prédiction réaliste que constitue la confiance en soi doit s’appuyer sur une telle compréhension.

Innover volontairement

Une confiance en soi solide suppose une expérience variée: plusieurs variantes dans la situation et dans son évolution, plusieurs méthodes d’adaptation, plusieurs solutions aux obstacles rencontrés. Pour obtenir cette richesse d’expérience, il est nécessaire d’introduire volontairement de la variété.

La vraie confiance suppose qu’on est capable de s’adapter rapidement aux situations et de créer de nouvelles solutions lorsque nécessaire. Elle se renforce encore davantage lorsqu’on ose chercher des solutions meilleures que celles qu’on connaît déjà.

Prendre des risques calculés

La stratégie la plus efficace pour que notre expérience nous serve à développer rapidement notre confiance en nous-mêmes, c’est de bien choisir les risques que nous prenons. Autrement dit, nos tentatives nous seront plus utiles si nous faisons des expériences dont le degré de risque nous apparaît tolérable. De cette façon, nous pourrons aller de succès en succès tout en apprenant les variantes et les subtilités du domaine que nous apprivoisons. Même les échecs seront tolérables et pourront faire partie de notre apprentissage parce que nous les aurons envisagés à l’avance et nous en aurons contrôlé la gravité.

Il est nécessaire de prendre des risques pour sortir des solutions toutes faites et explorer vraiment le nouveau domaine. Mais il n’est pas utile de risquer des échecs qui nous détruiraient; il vaut mieux augmenter progressivement le niveau de difficulté et l’importance des risques. C’est de cette façon que nous serons sûrs d’avoir les ressources et la sécurité personnelle pour accepter et exploiter les échecs lorsque nous les rencontrerons.

En somme, c’est comme pour tous les autres apprentissages, il faut graduer la difficulté pour progresser rapidement; ne pas rester limité à ce qu’on connaît déjà, mais ne pas se lancer aveuglément dans des situations trop difficiles pour les moyens dont nous disposons.

 

D’après un article de Jean Garneau, psychologue, dans  » LA LETTRE DU PSY » Volume 3, No 2: Février 1999