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L’impact des neurosciences sur le management


Longtemps les émotions ont été envisagées comme des éléments perturbateurs dans la prise de décision et combattues en particulier dans le monde de l’entreprise.

Aujourd’hui, sous l’influence des neurosciences, nous découvrons les mécanismes à l’œuvre dans nos réseaux de neurones quand nous prenons une décision et pas moins de cinq structures cérébrales seraient ainsi mobilisées au cours du processus décisionnel !

Antonio R. Damasio fut le premier à formaliser l’hypothèse des marqueurs somatiques en 1985 après avoir observé des malades qui, bien possédant de bonnes facultés mentales, prenaient des décisions nuisibles pour eux. Il a observé qu’ils n’avaient pas de réaction à certaines émotions.

Ses découvertes sur le fonctionnement du cerveau et la prise de décision ont marqué de façon spectaculaire ce champ d’études des neurosciences et, partant, du management.

Les travaux de Christophe Haag, enseignant-chercheur à l’EM Lyon démontrent en effet que dans des situations identiques, les managers faisant confiance à leurs intuitions s’en sortent mieux que ceux qui ont tendance à couper les cheveux en quatre avant de prendre une décision.

Barack Obama lui-même est très sensible au processus décisionnel et a mis en place, à ses côtés, une cellule d’aide à la décision dans laquelle un neuroscientifique l’accompagne.

La prise de décision est l’une des fonctions essentielles de notre cerveau.

Presqu’à chaque instant, nous devons décider de faire quelque chose, ou de ne pas le faire. De parler ou ne nous taire. Et même de marcher ou de nous assoir… Heureusement, une bonne part de ces décisions est automatique.

A l’inverse, certains cas de conscience, des situations délicates et des choix douloureux ou importants pour notre avenir mobilisent toute notre attention. C’est alors que nous pesons le pour et le contre et sommes parfois plongés dans le doute, la perplexité et l’incertitude.

Dans ces moments, nous sommes souvent persuadés de jouir d’un libre arbitre, c’est à dire de ne dépendre de personne d’autre que de nous-mêmes, de notre intelligence, pour faire un choix, si possible le meilleur, et prendre ainsi la bonne décision.

Il en est tout autrement : L’humeur et les émotions peuvent fortement influencer les processus cognitifs et déterminer, davantage que notre esprit cartésien, nos décisions.

Pourquoi ? Parce que, contrairement à la vision de Descartes longtemps adoptée, notre centre de décision implique directement l’émotion comme source d’informations complémentaires à l’analyse, et aide au tri parmi les options possibles.

L’influence de l’humeur sur la prise de décision

Lors d’une décision, nos trois cerveaux (reptilien, limbique et cortex) établissent un dialogue entre notre raison, nos émotions et nos sensations viscérales. La raison ne peut être seule participante pour prendre des décisions. Les décisions demandent que l’on sente les choses « dans nos tripes » et que l’on prenne en considération nos expériences passées.

Dans une situation de prise de décision, les émotions vont entrer en compte pour augmenter l’accessibilité de ce qui est correspondant à notre état émotionnel, et en prenant en compte les tenants et aboutissants émotionnels de chaque choix possible.

Quand on est d’humeur positive, on va avoir tendance à surestimer l’importance des conséquences positives d’un choix, et sous-estimer les conséquences négatives. Inversement si on est d’humeur négative.

L’état émotionnel change aussi la manière de traiter un problème : quand on est dans une humeur positive, on analyse la situation d’un point de vue global, sans regarder les détails et en prenant en compte ce qu’on sait déjà et quand on est dans une humeur négative, on analyse la situation point par point, un point à la fois, en faisant beaucoup attention aux détails et peu à ce que l’on connait déjà.

L’influence des marqueurs somatiques dans la prise de décision

Lors de la prise de décision, le cortex orbito-frontal va associer les sensations émotionnelles, qui sont implicites et automatiques, à un stimulus. Il va en même temps enregistrer cette relation et sera, par ailleurs, capable de réactiver les sensations émotionnelles lors d’une rencontre ultérieure avec le stimulus conditionnant.

Damasio (1995) parle de ‘marqueurs somatiques‘ qui permettraient donc à un individu de prendre en considération ses rencontres précédentes avec des stimuli et d’en tirer parti pour la réalisation de ses choix et de ses plans d’actions.

Le mécanisme :

  • face à la situation, une réaction émotionnelle – physiologique, donc – est déclenchée (marqueurs)
  • elle est générée par une réactivation d’émotions associées dans le passé à une situation, une personne ou un événement similaire
  • cette réaction est plaisante ou déplaisante
  • en fonction, le signal donné est favorable (adhésion, encouragement) ou défavorable (rejet, fuite)
  • ce signal influence la prise de décision

Les marqueurs fonctionnent comme un tri très rapide : grâce aux émotions, nous savons quel choix va dans le sens de la préservation de notre équilibre vital, d’ homéostatie. Comme ces marqueurs sont fonction de notre histoire émotionnelle, chacun de nous aura une réaction différente face à un même risque, une même difficulté.

L’émotion participe donc à la décision en réduisant les possibilités entrevues par la raison. Ils permettent la cognition rapide, raccourci puissant face aux méandres du raisonnement parfois lent.

C’est ce qu’on appelle l’intuition.

Faire de nos émotions des alliées

Les émotions perturbent parfois notre processus de décision, chacun de nous en a fait l’expérience. Prendre des décisions sans raisonnement et sous le coup d’émotions fortes peut provoquer la prise de risque et l’échec.

Alors, comment s’appuyer sur notre intuition sans se laisser submerger ?

–        Diminuer l’impact du stress

Sous l’emprise du stress, le pouls s’accélère, nos pensées se bousculent et nous nous sentons pressés d’agir sur le champ et dans le plus grand désordre. Apprendre à respirer, temporiser, se recentrer sur l’instant, va nous permettre de calmer notre rythme intérieur et de reprendre la maîtrise de nos pensées logiques. Ce sont ces pensées logiques qui seront ensuite enrichies de notre intuition.

–        Faire appel à sa conscience émotionnelle

Prendre conscience des émotions qui nous traversent lors d’une prise de décision va nous permettre de détecter les signaux d’alarme. En se rapprochant davantage de ce qui nous semble, à nous et intimement, bon ou mauvais, nous serons plus à même de prendre une décision en accord avec nos capacités, nos valeurs et notre expérience.

–        Anticiper les émotions futures

La recherche menée par le professeur Roy Baumeister, de l’université de l’État de Floride, et d’autres suggère qu’une bonne capacité de décision est liée à notre faculté à anticiper nos états émotionnels futurs : « ce n’est pas ce qu’une personne ressent au moment présent, mais ce qu’il ou elle prévoit de ressentir suite à un comportement particulier qui peut servir de guide puissant et efficace pour bien choisir ». La bonne décision sera sans doute celle dont nous sommes prêts à accepter et surmonter les conséquences.