15 av. maréchal Leclerc - 92360 Meudon-la-Forêt courrier@terranueva.net

Formateur pour adultes : une expertise très particulière


S’y retrouve qui peut : fin 2011, selon les dernières données disponibles, la France comptait… 58.700 prestataires de formation, soit près de 1 pour 1.000 habitants ! Et ce total est en hausse continue : en 2001, on n’en comptait « que » 45.000 environ. Le pactole des fonds de la formation – 32 milliards d’euros – attise bien des convoitises. Et rien de plus simple que de se lancer : il suffit de s’inscrire comme prestataire de formations à sa préfecture, sans avoir à prouver d’expérience ou de compétences en la matière.

Tels étaient les premiers mots alarmants d’un article des Échos du 6 février 2014.

Le mot « pédagogie » vient du grec ancien « enfant » et « conduire, mener, élever ». Que ce terme soit encore presque systématiquement employé pour la formation des adultes montre bien la dérive fréquente qui consiste à penser qu’un « expert » dans un domaine peut – à travers une pratique pédagogique approximative – très simplement transférer son savoir aux stagiaires.

Il n’en est rien et la formation pour adulte, l’andragogie, requiert de réelles compétences en relations humaines et en neurosciences.

L’andragogie / formation continue est un champ en effervescence qui est traversé par plusieurs courants théoriques et par plusieurs modèles. Seule une bonne connaissance de ce domaine et des spécialités connexes permettra au formateur d’agir réellement sur la montée en compétences des stagiaires.

Se centrer sur l’apprenant

Ce qui caractérise un groupe d’adultes en formation, ce sont ses disparités d’âges, d’expériences, de niveaux scolaires, mécanismes intellectuels,… L’éducation des adultes requiert la mise en œuvre d’approches différenciées, quelquefois même individualisées. Elles doivent aussi non seulement solliciter la personne en formation, mais en faire surtout l’acteur et le centre du processus.

L’éducation des adultes se heurte souvent à la résistance des apprenants eux-mêmes : refus de se retrouver en situation scolaire, peur de l’échec, soumission au maître, image de soi dépréciée. Le formateur devra donc rapidement rompre avec la traditionnelle relation « maître-élèves » et initier, à travers sa posture et ses comportements, un nouveau modèle d’apprentissage basé sur la responsabilisation de chaque participant.

Ainsi, la formation ne doit pas répondre à la logique du contenu mais à celle des stagiaires.

Dans les formations pour adultes, il est frappant de constater que souvent le groupe possède déjà en lui-même une grande partie des réponses et des savoirs. Le rôle de l’animateur est donc de réactiver les processus cognitifs et de réorganiser les connaissances.

Ce rôle de facilitateur requiert des compétences particulières : ouverture d’esprit, adaptabilité, écoute et … humilité.

Conjuguer les dynamiques intra-groupales et individuelles

Ce sont les échanges, les débats et les productions en commun qui vont encourager l’appropriation des contenus. L’animateur doit donc veiller, par ses attitudes bienveillantes,  ses questionnements et son rôle de régulateur, à créer un climat de confiance entre les personnes du groupe et à faciliter les interactions.

La relation andragogique est construite dans la réciprocité, au sens où chacun reconnaît l’autre pour ce qu’il est, dans sa richesse et ses insuffisances, en essayant de ne pas s’arrêter à ses premières représentations et impressions.

Cependant, quelles que soient les vertus du travail collectif, il ne faut pas omettre de susciter des situations dans lesquelles l’apprenant se retrouve face à lui-même et à ses difficultés.

C’est cette alternance bien dosée de travaux collectifs et individuels qui va garantir la prise de conscience personnelle et l’enrichissement collectifs des stagiaires.

S’appuyer sur le fonctionnement de la mémoire des adultes

D’un point de vue neurobiologique, émotions et mémoire sont intimement liées. Depuis une trentaine d’années, hypothèses et travaux scientifiques se succèdent pour cerner les mécanismes fondamentaux qui sous-tendent cette relation clairement mise en évidence. On comprendra alors aisément pourquoi les relations humaines, les échanges dans un groupe et le travail d’équipe favorisent l’intégration de nouveaux savoirs.

De plus, l’adulte s’implique et assimile s’il comprend le SENS de son apprentissage. Autrement dit, l’adulte acquiert des compétences nouvelles s’il peut en mesurer l’application dans son champ professionnel.

Respecter le fonctionnement du cerveau

La neurobiologie cognitive offre de plus en plus de perspectives en matière de fonctionnement du cerveau humain. Nous retiendrons ici la théorie de Herrmann, largement utilisée par les professionnels de la formation.

S’appuyant sur les recherches de neurobiologistes concernant le fonctionnement cérébral, le chercheur américain Ned Herrmann a mis en relation la latéralisation cérébrale et traitement de l’information. Il a démontré que les individus « sélectionnent » les stimuli qui déclenchent leurs actions en fonction de leurs « préférences cérébrales ».

En fonction du mode de traitement de l’information qu’utilisent les stagiaires, ils seront plus ou moins sensibles à tel ou tel type d’activité. En conséquence, varier les styles d’animation et la nature des exercices proposés lors d’une formation permettra à chacun de mémoriser plus facilement.

Privilégier les méthodes actives

Les méthodes actives sont donc les plus pertinentes et les mieux acceptées, celles qui se situent au plus près des exigences que l’on vient d’analyser.

Tout support d’action peut devenir prétexte à l’acte d’apprendre et l’on ne saurait privilégier l’un ou l’autre qu’en fonction de circonstances préalablement analysées. L’éducation des adultes est une affaire d’imagination et une combinatoire de situations utilisées ou construites pour donner à agir et à penser.

Ces activités doivent toutefois, pour être pertinentes :

  • Être variées pour s’adapter aux préférences cérébrales de chacun
  • Répondre aux 5 grandes caractéristiques mises en évidence par Roger Mucchielli : activité de la personne, motivation de la personne, participation à un groupe, présence d’un formateur-facilitateur, absence de contrôle en tant que jugement.

L’expérience et les connaissances de l’animateur sont ici essentielles pour déterminer – en fonction de l’objectif visé et des particularités du groupe – le type d’activité adapté à chaque séquence de formation.

Choisir son organisme de formation

On l’aura compris, au-delà de l’expertise technique, l’animateur sérieux se doit de posséder une solide formation en andragogie. Cette exigence explique sans doute pourquoi, comme le constate Les Echos en conclusion :

« Concurrence oblige, les « mauvais » organismes de formation périclitent vite, en témoigne le fort turnover sur ce marché : en 2011, 31 % des organismes avaient moins de trois ans d’existence, et seul un tiers existait depuis plus de onze ans »

Pour éviter de devoir essuyer les plâtres d’un animateur sous-qualifié, les DRH et responsables de la formation interne devraient systématiquement exiger les qualifications de leurs prestataires et les interroger, non seulement sur le contenu du programme, mais également sur l’articulation des séquences de la formation ainsi que sur les méthodes d’animation utilisées.