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L’amour est-il soluble dans le travail ?


Le 21 avril 2011, le cabinet Technologia, épaulé par la MUTUELLE UMC, lançait une vaste enquête à la fois quantitative et qualitative pour comprendre et éventuellement mesurer les impacts de la vie professionnelle sur la vie privée, dans toutes ses dimensions : sociales, familiales, amoureuses, voire sexuelles. En mars 2012, les résultats de l’enquête étaient publiés, les auteurs attendant beaucoup du nouveau quinquennat dans ce domaine.

Malheureusement, dans la publication 2013 du Ministère de la réforme de l’Etat intitulé « Pour une meilleure articulation entre vie professionnelle et vie familiale – Identification des bonnes pratiques des secteurs public et privé en France et à l’étranger« , seuls les aspects liés aux congés parentaux et à l’égalité hommes-femmes semblent avoir été pris en compte.

Revenons alors aux résultats de l’étude du cabinet Technologia en reprenant certains extraits…

La majorité des salariés vivent un déchirement entre l’importance qu’ils accordent à leur travail et celle qu’ils peinent à donner à leur vie privée, familiale principalement

Pour la moitié des personnes interrogées, le travail tient au quotidien la place la plus importante. Pour les cadres, cette proportion atteint 61%. Et pourtant, la quasi- totalité de ces salariés (96%) souhaiterait faire d’autres choix de vie.

Tout indique que le monde économique, celui de la production et du travail, tend à ne plus jamais s’arrêter ni se contenir. Permanente est donc sa recherche d’individus disponibles pour le servir et le faire prospérer. Qu’elle soit spatiale ou temporelle, la notion de frontière est donc directement mise en cause par cette évolution.

A la question « Idéalement, qu’est-ce qui devrait avoir le plus d’importance entre la vie professionnelle, la vie de famille, la vie sociale et la vie de couple ? », on constate que les priorités varient selon que l’on ait choisi ou non sa profession. Tout se passe comme si la possibilité de choisir son métier déterminait ensuite les priorités.

Globalement, les personnes dont le métier n’est ni un choix, ni une vocation, semblent plus distanciées de leur activité professionnelle et se réalisent dans d’autres dimensions de leur vie. Chez les ouvriers, la vie personnelle et familiale constitue un refuge et une protection contre un environnement du travail difficile.

Ce débordement de la vie professionnelle est parfois accepté ou contrôlé. Il est le plus souvent subi et, dans ce cas, mal vécu. C’est ici qu’apparaît alors la notion de «résistance». Celle-ci est largement incarnée par la vie familiale, c’est-à-dire la maison où vivent le conjoint et les enfants, le soir quand tous se retrouvent, le week-end, les vacances…

Le travail entre chez les gens pour s’y installer durablement

Près de la moitié des cadres et professions intellectuelles supérieures reconnaissent travailler fréquemment le soir ou la nuit sur leur temps personnel. Permise par la multiplication des outils de communication interconnectés, cette intrusion nuit au sommeil et à la vie intime et sexuelle pour 80% d’entre eux. L’étude du questionnaire le montre, c’est bien à un bouleversement de l’espace et du temps auquel sont confrontés les cadres et professions intellectuelles supérieures, bien plus que les ouvriers ou les employés.

Chacun définit ses priorités, connaît ses contraintes, développe ses stratégies. Pourtant le temps de travail, c’est-à-dire le temps effectif ou réel passé à travailler et non pas celui contractuel ou prescrit, ce temps de travail tend à «déborder» sur tout le reste. Le sommeil, la vie privée ou la sexualité servent alors de variables d’ajustement. Mais à quel prix : culpabilité, divorce, troubles sexuels…

Le temps de l’affection et de l’amour reste, assez traditionnellement, celui de la soirée et de la nuit. Il est donc directement impacté par cette massification du travail de nuit.

Les temps de sommeil sont donc réduits. Pourtant, les besoins restent inchangés. Selon l’INRS, en un siècle, la durée moyenne de sommeil par nuit a été amputée d’un cycle, soit environ 90 minutes. Il en résulte des troubles de sommeil de type insomnie et fatigue associée.

Les personnes travaillant la nuit sont contraintes de dormir le jour. Le sommeil de jour est plus mauvais que le sommeil de nuit dans le sens où il est plus court et de moins bonne qualité donc moins récupérateur. Aussi le sommeil diurne pose directement la question de la possibilité d’une vie familiale de qualité. Face au calme dont ils ont besoin pour dormir, certains salariés peuvent faire « régner la terreur», notamment lors de la présence d’enfants en bas âge éventuellement bruyants.

Au-delà de la famille, l’habitat joue un rôle déterminant puisqu’il est beaucoup plus difficile de récupérer dans un environnement urbain bruyant. Ils peuvent également se sentir marginalisés par rapport à leur propre famille. Certains vont prendre sur eux pour participer aux évènements familiaux au détriment de leur sommeil et de leur récupération. Aussi, les perturbations de la vie familiale se répercutent sur le sommeil.

Mais l’espace semble également engendrer des modifications de la vie privée, compte tenu notamment de la mobilité demandée aux cadres.

Quelle que soit la tranche d’âge, l’ancienneté dans l’entreprise, le sexe ou bien la structure familiale, les cadres et professions intellectuelles supérieures sont concernés par des déplacements liés à leur travail pour les 2/3 d’entre eux.

Se déplacer fréquemment dans le cadre de son activité professionnelle peut revêtir certains intérêts comme le fait de pouvoir prendre du temps pour soi, de couper avec la routine quotidienne, etc. Néanmoins, certains s’interrogent sur la possibilité de construire une vie de famille dans le cadre d’une vie professionnelle constituée de déplacements fréquents ; d’autres constatent que la fréquence des déplacements rend possible la perte de sa place dans le foyer.

D’une manière générale, être mobile rend difficile la combinaison vie professionnelle et vie familiale. Lors d’une mutation, c’est l’ensemble du foyer qui est concerné. Certains couples trouvent leur équilibre en privilégiant la carrière de l’un. D’autres, en revanche, refusent l’accès à la promotion de façon à conserver des conditions de confort familial.

Les salariés sont-ils en capacité d’accéder à une vie sexuelle et amoureuse satisfaisante compte tenu du poids du travail dans leur existence ?

A cette interrogation concernant l’impact direct de la vie professionnelle sur la vie sexuelle, 72,6% des répondants reconnaissent que la fatigue accumulée durant leur journée de travail les a déjà empêchés de faire l’amour le soir. De même, l’heure trop matinale du lever fait renoncer plus d’un tiers d’entre eux à avoir une relation sexuelle au moment de se coucher et affecte la moitié des répondants souhaitant en avoir une au moment de se lever.

Ces résultats sont très contrastés selon les CSP. Ainsi, les ouvriers semblent plus sensibles à ces contraintes pesant sur leur vie intime : 52% disent avoir dû renoncer à faire l’amour en raison de l’heure matinale de leur lever et ce résultat monte à 62,5% chez ceux qui ont plus d’une heure de transport pour se rendre sur leur lieu de travail.

En matière de renoncement ou d’ajournement de la vie sexuelle, le stress semble revêtir chez les cadres la même influence que la fatigue et le manque de sommeil chez les ouvriers. Concernant la fréquence d’apparition de troubles sexuels relatifs au stress professionnel, les cadres sont près d’un quart (23,8%) à reconnaître la présence de tels troubles avec de faibles variations selon le sexe. Pour 84% de ces femmes et 65,4% de ces hommes, il s’agit de troubles du désir.

Ne pas pouvoir faire l’amour le matin, est-ce si grave ? On pourrait sourire en entendant parler de cette difficulté. Bien sûr que ce n’est pas si grave de ne pas pouvoir avoir de relation sexuelle UN matin avec votre conjoint parce qu’il commence trop tôt.

Mais ne pouvoir JAMAIS faire l’amour le matin, pendant tout ou partie de la vie professionnelle, ou ne pouvoir jamais se retrouver sexuellement le soir parce que l’un commence trop tôt et l’autre finit très tard, cela revient à cantonner la vie sexuelle au week-end ou au période de vacances.

Mais surtout, ne jamais pouvoir faire l’amour quand on le désire, cela revient à donner au travail un pouvoir symbolique sur la vie personnelle, la vie amoureuse et sexuelle.