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Se préparer à la retraite


Depuis le premier janvier 2010, les entreprises de plus de 50 salariés ont  l’obligation de négocier un accord collectif ou un plan d’action à destination des séniors. Certaines entreprises proposent des « formations à la retraite ». Une bonne ou une mauvaise option ?

Comme l’indique un article paru sur Formaguide, les formations préparatoires à la retraite sont en plein essor, sans doute encouragées par la pénalité de 1% qui menace les entreprises n’appliquant pas de « plan séniors ».

Ces formations se découpent généralement en deux modules distincts : l’aspect administratif de la retraite dans un premier temps, l’aspect plus personnel dans un second temps.

Comme pour beaucoup de formation, le temps est à la réduction de la durée et ces stages sont donc généralement limités à deux jours, au risque de frustrer les participants et, surtout, de ne pas leur être d’une grande aide sur le second aspect, celui du « projet personnel », celui qui serait sans doute essentiel d’aborder.

En effet, si le proche retraité peut se sentir démuni face aux démarches administratives à entreprendre, c’est surtout la réorientation de sa vie personnelle qui l’angoisse et qui aura de profondes conséquences sur sa manière de « vivre » sa retraite.

Le travail comme structure du temps.

La gestion du temps est un problème récurrent des salariés et compose une grande partie des demandes de formation en entreprise. Considéré par beaucoup d’individus comme une contrainte et non comme une ressource, le temps, qui passe « trop vite », semble ne jamais permettre la réalisation ce qui est nécessaire.

Cette pression du temps est toutefois bien pratique au fond pour celui qui la subit : point n’est besoin en effet de se questionner sur le sens que l’on souhaite donner à sa vie puisque, toujours happé par des « urgences » et des « obligations », il suffit de répondre aux exigences de l’environnement.  Se réveiller tôt, s’habiller et sortir, entretenir du lien social, occuper ses journées à diverses tâches exigées par autrui, manger parce que c’est l’heure, rentrer car il faut récupérer les enfants….  Ce timing imposé rythme notre vie depuis l’école élémentaire, depuis toujours pourrait-on dire.

L’individu, pris dans le tourbillon de ses « obligations », structure alors automatiquement son temps entre périodes d’activité et périodes de repos « bien méritées ». Périodes de repos qui le laissent d’ailleurs parfois déjà démuni et qu’il organise alors autour d’autres contraintes (courses, ménages, travaux, etc.). Il n’est pas rare non plus de le voir d’ailleurs consulter ses e-mails en vacances et répondre au téléphone à toutes les sollicitations de ses collègues encore au bureau. Même le farniente se doit d’être utile, nécessaire « temps mort » recommandé par les magazines de psychologie et les coachs de tous poils pour éviter le burn-out.

Au règne de l’urgence succède, à l’heure de la retraite, l’angoisse du vide.

Le travail comme intégrateur social.

« L’être humain est un animal social » affirmait Aristote. C’est un avis que la biologie défend : certaines parties du cerveau humain régissant nos relations avec les autres humains sont en effet beaucoup plus développées chez l’Homme que chez les animaux. D’ailleurs, l’un des aspects psychologiques de l’individu les plus souvent soulignés en management est le besoin de reconnaissance des salariés. La « mise au placard », l’indifférence absolue de la hiérarchie, peuvent du reste être assimilés à du harcèlement moral.

Au travers de son activité professionnelle, même l’individu le plus épris de solitude est amené à entretenir des liens sociaux. Que ces liens soient superficiels ou plus amicaux, le fait est que le travail nous permet toujours de communiquer avec nos semblables, d’être reconnus par eux et de jouer un rôle social bien différent de celui que nous tenons dans la vie privée.

Certains investissent tant leur bureau qu’ils y exposent leurs biens les plus chers et les décorent comme ils le feraient de leur intérieur ; photos, peintures, dessins d’enfants, plantes vertes, meubles… Ce n’est pas tant leur emploi qu’ils auront du mal à quitter à l’heure de la retraite que cette bulle très personnelle dans laquelle ils évoluent hors du contexte familial et qui leur offre l’illusion de leur utilité sociale.

Pour beaucoup, partir en retraite, c’est donc perdre une partie de son identité.

Préparer sa retraite, élaborer son projet personnel : une démarche essentielle de longue haleine.

Pour éviter l’angoisse du vide et la perte d’identité, pour prévenir les dépressions possibles, pour pourvoir rebondir hors du champ professionnel, la préparation à la retraite est donc plus que nécessaire.  Ce n’est toutefois pas en deux jours que l’individu pourra s’adapter à ce nouvel espace de vie dans lequel il devra être à l’initiative quasi-exclusive de ses activités et de sa reconnaissance sociale.

Que ce soit à l’école ou dans la vie professionnelle, rien ne nous prépare à savoir le faire.

Et pourtant, ce n’est pas uniquement à l’âge de la retraite que nous aurions besoin de savoir donner un sens à notre vie et trouver en nous les ressources nécessaires à l’élaboration de notre projet personnel : nombreuses sont les personnes qui perdent leur emploi et qui vivent la même angoisse du vide et la même perte d’identité que les néo-retraités.

L’entreprise aujourd’hui ne peut plus offrir ce dont beaucoup rêvent encore : un « plan de carrière ». La stabilité est un mot qui ne fait plus partie de la réalité économique, elle est désormais remplacée par la flexibilité, l’adaptabilité, le changement, l’autonomie.

Toutes ces notions impliquent pour l’individu qu’il soit en mesure de rester, à tout âge, maître de sa vie et de ses choix ; qu’il soit également en mesure de s’auto-évaluer et de se reconnaître lui-même en tirant satisfaction et fierté de ses réalisations.

Dans ce contexte, il semble donc bien illusoire de s’appuyer sur des formations de deux jours au seuil de la retraite pour aider les séniors. Ce pourrait même être manipulatoire que de faire croire une telle chose.

Plutôt que de procéder – trop tard – à un simulacre de « formation », mieux vaudrait pour les entreprises et leurs salariés, mettre en œuvre une démarche d’accompagnement visant un public plus large et se basant sur un parcours en plusieurs étapes.

En définissant son projet personnel, en le réévaluant régulièrement, en prenant conscience de soi et confiance en soi, en devenant davantage maître de ses choix, chacun serait mieux armé pour affronter les changements et pour rebondir. La peur serait moins présente face aux évolutions, les freins moins puissants face aux mutations, la motivation plus vite retrouvée après les transformations. L’entreprise y gagnerait en réactivité et les salariés en sérénité…

On peut se demander ce qui freine encore la mise en place de type de processus de formation … Une certaine résistance au changement, sans doute…