“Nombreux sont aujourd’hui les hommes et les femmes ayant eu des parcours scolaires sans faute puis une ascension brillante dans le monde du travail et qui un jour sont tentés de tout lâcher. Tout lâcher et quitter l’entreprise pour certains, tout lâcher tout en restant ” dedans ” pour d’autres.

Lâcher en tous les cas les canons anciens de la réussite pour tenter de s’en inventer d’autres, tant il est vrai que ces individus contemporains sont aujourd’hui sommés de ” s’inventer “, de trouver qui ils sont et, surtout, de réussir leur vie.”

C’est à partir de ce constat réalisé au sein des entreprises que Juliette Ghiulamila a lancé son étude : “Globalisation des entreprises et nouveaux calculs dans la relation d’emploi”.

Partant des individus eux-mêmes, l’auteure constate que :

face à cette aspiration à une vie et une réussite différentes, la proposition faite par les entreprises n’est plus satisfaisante. Elle est trop floue, sa promesse est trop incertaine. Dès lors c’est bien pour réussir que nombreux sont les cadres aujourd’hui tentés par le désengagement” (1).

Ce désengagement prendrait donc deux formes différentes.

La première consisterait à se désengager tout en restant au sein de l’organisation. La seconde, plus radicale, se manifesterait par un changement de vie, une réorientation professionnelle et une sorte de “retour aux sources”. Parmi les lecteurs du Journal du Management interrogés via une enquête en ligne, près d’un tiers d’entre eux indiquent avoir un projet pour se mettre au vert, les deux autres tiers ne s’interdisant pas un jour ou l’autre de quitter la ville pour vivre autrement(2).

Avec la confirmation de ce phénomène, placé au centre des discussions lors du séminaire de l’Observatoire des cades du 7 décembre 2008, les débats vont bon train.

Les Echos publiaient ainsi en septembre dernier, un article intitulé : “Désengagement des cadres : un faux procès” dans lequel le journaliste pondérait le jugement hâtif que d’aucuns pouvaient avoir.

“A écouter nombre d’hommes politiques ou de patrons d’entreprises, les salariés, notamment les cadres, auraient perdu le goût du travail. Comme si la ” génération 35 heures ” et la ” société des loisirs ” avaient balayé toute velléité d’engagement chez cette population pourtant censée porter les valeurs et les projets de l’entreprise.”

[…] ” Je ne suis pas convaincu qu’il y ait un recul de l’implication au travail, mais plutôt une méfiance vis-à-vis du discours managérial et de l’organisation “, analyse (dans cet article) Olivier Cousin, sociologue chargé de recherche au CNRS.

Il faut donc bien distinguer selon cet expert entre l’activité du cadre et son environnement de travail :

” Le passage d’une loyauté vis-à-vis de l’entreprise à une loyauté vis-à-vis du travail est une forme de résistance intéressante.

Ce que les salariés cherchent à sauver finalement, c’est leur travail, ils ont la volonté d’un travail bien fait, pas pour l’entreprise, mais pour eux-mêmes, pour préserver l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes à travers leur travail. “

Pourtant conscientes de cette nouvelle réalité, les DRH ne sont pas toujours en mesure d’y apporter des solutions.

C’est en effet à l’entreprise elle-même de reconsidérer l’ensemble de son “offre” vis-à-vis des cadres dont “les exigences se sont très nettement accrues vis-à-vis de leur employeur et qui attendent beaucoup de leur entreprise… avant de le lui rendre”.

(1) Richard Robert – Focus : http://www.cadres-plus.net/bdd_fichiers/427-03.pdf
(2) Journal du net 2003 – La grande famille des néo-ruraux

Le désengagement des cadres : Mythe ou réalité ?
Étiqueté avec :