François Bayrou, candidat Modem aux élections présidentielles de 2012, propose de mettre de l’ordre dans le secteur de la formation professionnelle. Pour financer ces changements, il souhaite une « remise à plat » des crédits dispersés de la formation professionnelle.

«  S’il existe un labyrinthe, alors la formation professionnelle en est un, 25 milliards, 30 milliards, on ne sait plus exactement.

La situation de désordre et d’opacité dénoncée par la Cour des Comptes il y a deux ou trois ans n’a pas vraiment évolué.

S’il est un secteur où l’on est certain que des masses très importantes d’argent public pourraient être mieux utilisées, la formation professionnelle en est un.  »

De fait, le désordre et l’opacité sont de règle sur le marché de la formation et du conseil, comme le prouvent deux articles parus hier et dédiés aux opérations de conseil de Pôle emploi.

Pôle emploi : les opérateurs sérieux ne peuvent plus suivre

Que ce soit pour la formation ou pour le placement des chômeurs, la politique de Pôle emploi vise davantage le moindre coût que l’efficacité.

On peut lire ainsi, dans Capital, un article-interview de Bénédicte Guesné, directrice de Ingeus France qui déplore la gestion de Pôle emploi et réclame une politique d’évaluation et une rémunération à la performance des organismes retenus pour assurer la formation des chômeurs.

Ingeus France, spécialisé dans l’insertion professionnelle, a pour vocation d’aider les chômeurs en situation difficile (séniors, jeunes non qualifiés, chômeurs de longue durée). Toutefois, il devient difficile pour des cabinets privés et spécialisés de travailler avec Pôle emploi dont les normes tarifaires ont été divisés par deux depuis 2008.

Depuis la création de Pôle emploi en 2008, la politique d’achat a effectivement évolué. A 1.800 euros en moyenne l’accompagnement, le prix a été divisé par deux.

Les budgets et les volumes ne sont pas garantis, ce qui ne nous permet pas de rentabiliser de manière sûre nos investissements.

D’autant plus que Pôle emploi exige un suivi hebdomadaire et un cahier des charges très strict, obligeant les consultants à un suivi administratif important et s’attachant davantage à la forme qu’au fond de la démarche d’accompagnement. 

Dans ces conditions, les opérateurs privés crédibles ne peuvent pas suivre et préfèrent ne pas répondre aux appels d’offre de Pôle emploi. Ne resteront donc bientôt que ceux qui sont prêts à “faire du chiffre” au détriment de la qualité.

Pôle emploi : des sélections d’OPP très douteuses

Déjà épinglé par Miroir social au sujet de ses recrutement d’OPP (opérateurs privés de placements), Pôle emploi est à nouveau sur la sellette.

Le premier article portait sur le recrutement en région Bretagne où Pôle emploi, selon la loi du moins disant, retenait comme OPP une structure venant de l’autre bout de la France, sans locaux ni réseau dans la région où elle doit effectuer les prestations, et le recours de celle-ci à des formateurs recrutés, via Pôle emploi, invités à se déclarer comme auto-entrepreneurs.

« votre candidature étant retenue, déclarez-vous autoentrepreneur, car ainsi il y a moins de charges (sic). Vous percevrez 70 € pour chaque 3 heures de face à face ».

Michel Abhervé, dans Alternatives Économiques, lance une alerte et dénonce aujourd’hui Pôle emploi qui, en Ile-de-France,  “destructure(rait) ses partenaires historiques pour gagner quelques euros”.

Et de citer un communiqué de l’Union Régionale des Organismes de Formation (UROF) stipulant que :

“Sur presque 80 lots proposés en Ile-de-France, la moitié a été attribuée  à des organismes n’ayant aucune activité, existence ou expérience quelconque à ce jour sur le territoire francilien.”

Michel Abhervé souligne que ces OPP n’ont à ce jour “strictement aucune existence […]  ni de  personnel qualifié” !

Il leur faudra donc recruter au plus vite des “conseillers” susceptibles de suivre les demandeurs d’emploi… Ce qu’ils feront en puisant dans les consultants qui auraient dû travailler plutôt pour les OPP non sélectionnés… mais à des tarifs bien moindres, sans appliquer la convention collective de la formation “et même parfois en contrat de professionnalisation avec la complicité d’OPCA complaisants”.

Formation et conseil : les dangers de la précarisation des acteurs

Cette course au low-cost n’assure bien évidemment pas la qualité, puisque le consultant-employé ainsi recruté ne bénéficie ni du cadre déontologique des cabinets privés, ni des outils et démarches de ces derniers.

Ainsi donc, dans un secteur qui manque déjà de clarté et de règles qualitatives, sur un marché où tout un chacun peut se prévaloir du titre de consultant ou de formateur sans devoir prouver ni ses compétences ni ses résultats, Pôle emploi montre le mauvais exemple et renforce la dégradation de la profession.

Pour les demandeurs d’emploi, comme pour les entreprises et les salariés, la paupérisation et la précarisation des acteurs du conseil et de la formation est une mauvaise nouvelle.

En 2012, avec un budget du FPSPP en baisse et près de 80 % de ce budget prévisionnel affecté, cette année, à l’accompagnement et la formation des demandeurs d’emploi, la question de la formation des personnes en situation d’emploi était déjà posée. La CFE-CGC s’attaque d’ailleurs à ce projet phare et à Gérard Larcher, en estimant qu’on ne “sécurise pas un parcours professionnel après la perte de l’emploi”.

“Le sénateur projette […] d’orienter la formation professionnelle vers les demandeurs d’emplois. C’est une autre mauvaise idée ! On ne sécurise pas un parcours professionnel après la perte de l’emploi ! C’est pendant que le salarié est en poste, par anticipation, qu’on l’accompagne pour entretenir son niveau de qualification”

Dans le même temps, avec un chiffre d’affaires de 7 Mds d’euros en 2009 (+1,9 %), le secteur de la formation continue connaît une croissance « ralentie » indique la Dares  dans son rapport consacré aux prestataires de formation continue en 2009. Le rapport rajoute que le chiffre d’affaires des organismes privés à but non lucratif a continué à croître, tandis que celui des prestataires à but lucratif stagnait.

Le rapport stipule également que les formateurs individuels ont accru leur présence sur le marché des prestataires, ce qui s’explique aisément par le fait qu’il est très simple d’obtenir un numéro d’agrément et d’opter pour le statut d’autoentrepreneur.

La FFP, quant à elle, souligne dans le rapport de  son observatoire économique que plus de 80% des organismes interrogés s’inquiètent de la pression sur les prix exercés par leurs commanditaires, qu’ils soient privés ou publics.

Or la profession a besoin d’innover, de garantir des actions de qualité, de s’adapter sans cesse à un environnement économique mouvant. Comment le pourra-t-elle efficacement dans une logique de moins disant ?

Pôle emploi contribue au délitement du marché du conseil et de la formation
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